mardi 29 juillet 2008

Lapingou über alles !


Le lapingou s'endormait dans son siège baquet où il semblait avoir les pieds presque au dessus de la tête. En un clin d'oeil le gazouillis cessait laissant place à une respiration régulière ou à un léger ronflement. Je jetais régulièrement un oeil attendri dans le rétroviseur intérieur.
Après Santa Cruz ville universitaire aux milles librairies dont nous ne verrons rien la côte déroule de beaux points de vue malgré l'omniprésence d'une brume marine paraît-il indétrônable l'été.
A Monterey nous évitons l'aquarium réputé mais trop touristique pour un déjeuner dans le restaurant sort of trendy de l'hôtel Intercontinental où la cuisinière lesbienne nous semble parfaitement correspondre à la pesanteur exacerbée des plats. L'apothéose viendra avec le dessert glacé recouvert de coulis sucrés à haute dose.
Une cliente me prête des jumelles pour observer un trois-mâts fin comme un oiseau. Il nous semble que nous déjeunons dans le réfectoire d'une maison de retraite pour riches seniors amerloques. Le lapingou est d'une sagesse d'ange.
Après le déjeuner nous empruntons 17 mile drive le long des golfs pas très clairs et des villas deluxe en carton pâte. C'est beau oui comme bowie mais pas sa période glam rock invertie où il roulait des pelles à Lou, non plutôt en tuxedo Mugler sage pour recevoir la médaille de chevalier des arts et des lettres...
A Carmel on atterrira à la Coachman's Inn avec l'âtre factice, un oversized king's bed et une cafetière pour se réchauffer. Le lapingou est toujours aussi sage et porte son regard désabusé sur le monde. Le soir on dine d'une réconfortante soupe aux vermicelles dans un restau lambda de cette ville 100% touristos avec magasins de T shirts, restaurants italiens et boutiques de verroteries pour cars de retraités. Le vent glacial de la mer aura raison de notre enthousiasme mais on s'en fiche on s'aime.

lundi 28 juillet 2008

L'espoir changea de camp !


Les matinées san franciscaines avaient cette vertu de redonner espoir grâce à quelques rayons de soleil, un café américain réconfortant, des pâtisseries roboratives et l'atmosphère cosy du grand salon de l'Inn où seuls les cris d'enthousiasme des femmes de chambre chicanos pour Léon troublaient le silence velouté des pas sur les vieux tapis victoriens.

Nous étions résolus à partir vers le grand Sud et ses promesses climatiques plus estivales. La voiture n'étant prête qu'à 17 heures nous avions quelques heures à passer encore à SF. Dans le taxi qui m'emmenait vers le downtown où j'espérais trouver un véhicule, le chauffeur me raconte que son beau-frère a fait des boeufs avec Carlos Santana dans un garage près de Van Ness. Je lui demande si son beauf a fait une carrière dans la musique comme le célèbre guitariste. "He plays now with the angels" me fait-il comprendre.

Après quelques emplètes dans une petite boutique stylée 50's de mode féminine, c'est vers Mission park que nous allons chercher un peu d'atmosphère bohème dans un café à l'angle de Mission dolores en face du célèbre glacier. Une soupe du jour et des sortes de sandwiches chaud nous comblent alors que la serveuse produit sans fin des cocktails de fruits. Une abondance toute américaine !
Plus tard sur la pelouse chauffée par le soleil de Mission park nous observons les jeunes yankees, une telle avec sa généreuse poitrine presque à l'air et ses bas outrageusement déchirés, un tel en jean slim tout droit sorti d'un Gus Van Sant, on boit du champagne presque au goulot, on se tripote, on écoute les Clash au ghetto blaster.
Les chiens pullulent en ces lieux de faible natalité pour cause de vies dissolues et d'orientations sexuelles interlopes. Quelques pitbulls se battent et semblent disposés à attraper au passage un petit roquet qui batifole ou un bébé. Mais Léon est bien protégé par sa maman vigilante...

Nous quittons sans regret SF dans notre gros 4x4 dont la conduite pépère endort Léon après quelques miles. Le Camino Real est avouons le particulièrement monotone, traversant des zones commerciales, des alignements de maisons, de motels, de parkings et de Safeways. L'amérique a aussi ses embarras de sortie de bureau. Nous n'irons pas à San José, nous ne trouverons pas la route de côte.
Ce soir nous serons à Santa Cruz, terrifiante station balnéaire au front de mer accaparé par le Boardwalk, gigantesque fête foraine, amas de manèges, stands bruyants, cafeterias graisseuses, salles de jeux cataclysmiques bercées par des rythmes de gabba techno pour abrutir la jeunesse blanche désoeuvrée en vacances.
La maison du gouverneur est une belle "mansion" victorienne tenue par un couple hélvèto-colombien mais la nuit de Léon donc la nôtre sera perturbée, un peu froide, et troublée par le brouhaha lointain et les hurlements des jeunes du Boardwalk.

dimanche 27 juillet 2008

the best diner in town !


Les staccati du "Gamma ray" de Beck qui tournaient en boucle dans nos têtes restaient impuissants à surmonter notre fatigue et notre lassitude, symptômes évidents du décalage horaire aggravé par les réveils nocturnes du lapingou.
Le 49 Van Ness nous emmenait à son rythme andante vers le nord de SF s'arrêtant à chaque block pour déverser et se remplir d'autant de cargaisons de mexicains en promenade dominicale. Des touristes italiens en tribu attiraient vaguement notre attention torve jusqu'à Lombard par leurs babillages et leurs conséquences visibles de consanguinité dégénérescente...
Nous descendions près du wharf et marchions, rentrant la tête dans nos épaules glacées par l'humidité piquante du smog et de son vent mauvais. Un chocolat de chez Girardhelli nous offrit un réconfort bien furtif hélas. A la fatigue accumulée s'ajoutait la sensation toujours fâcheuse d'être des touristes vulgaires au milieu des autres. Il faut fuir Fisherman's wharf comme il faut fuir l'été le Mont Saint-Michel, la Tour Eiffel, ou l'écomusée du marais poitevin.
Après s'être fait arnaqués dans une boutique de souvenir en achetant deux fois son prix un adaptateur électrique, source de lourd contentieux conjugal depuis l'arrivée qu'il fallait solder, nous remontions Columbus avenue aux vents coulis réfrigérants.
Une petite fête locale dans Washington square ne nous divertit pas malgré son esprit bon enfant qui m'invitait à faire une généreuse donation d'un dollar. Il faut dire que les travellers à chiens mélangés au public mainstream du dimanche écoutant du mauvais folk pour démocrates bien-pensants, cela n'a rien d'enthousiasmant pour nous qui rêvions de croiser Kerouac et Cassady bras dessus bras dessous et Lawrence Ferlingetti, un livre de poème dans une main et une bière dans l'autre.
Il suffisait alors de peu pour qu'à compter du Zoetrope fermé ce jour, nous nous enfermions dans un mutisme lourd, présage d'une rupture à venir. Le désert du downtown traversé, Union square ne présentait pas l'oasis espérée, ce qui eut raison de la résistance des uns et de la patience des autres.
C'est dans un excellent "diner's" de Powell que je retrouvais un peu d'espoir en l'existence grâce aux arguments pesants et primaires d'un burger bien garni arrosé de Sierra Nevada reconstructrice. Certaines ne savaient pas ce qu'elles rataient !
Nous nous retrouverons seulement le lendemain après une nuit de guerre de tranchées au terme de laquelle sera prise la décision salutaire d'écourter le séjour pour prendre la route du sud, de son soleil, de ses douceurs et de notre réconciliation...

samedi 26 juillet 2008

So cute !


Les affres de la nuit jetlaguée nous avaient tous les trois laissés pentelants et les amoncèlements de fruits frais juteux, de patisseries étouffe-chrétiens et les cafetières fumantes parvinrent à grand peine à nous remettre sur pieds.
Le lapingou, néanmoins, créait la sensation auprès des mexicaines girondes et des W.A.S.P en extase. Chacune voulant le porter tel un enfant Jésus venu sur terre les sauver.
Plus tard, quelque peu requinqués et avides d'humer l'atmosphère typique de Mission, nous partons poussette au vent et lunettes noires de rigueur vers Mission Dolores à laquelle, à tort, j'attribuais un rôle de décor de la scène du suicide dans Vertigo.
En flânant dans Mission, on se dit que la vie doit valoir la peine d'y être vécue à un rythme doux de musique mexicaine comme celle qui s'échappe des portes vitrées ouvertes d'une sorte de Virgin megastore chicanos sur Mission.
On laisse le parc pour plus tard et prenons quelques photos scrupuleusement touristiques qui me permettent tout de même de me procurer une petite joie friponne subreptice lorsque j'aperçois la culotte de la photographe de mon coeur, joie décuplée à l'idée que les occupants des voitures arrêtées au feu ont aussi profité du délicieux spectacle...
Après une halte curieuse et utile chez Safeway pour se procurer ces barquettes de légumes crus si genuinely américaines, nous slalomons entre les blocs jusqu'à Alamo square agréablement ensoleillé et presque désert si ce n'est un nombre trop élevé de chiens sans laisse qui errent sur les pelouses pentues. Face aux alignements de maisonnettes victoriennes sur fond de downtown étincelant nous rêvassons, faisons des plans sur la comète, pérorons et bâtissons des scenarii hollywoodiens à partir de rien : une échelle d'immeuble, une camionnette de glaces, un étrange escogriffe...
Vers Haight nous rions des cabines téléphoniques, prétextes à un cliché in situ et le lapingou s'endort.
Dans un coffee shops baba cool en sirotant des lattes et moccha nous méprisons les oeuvres d'art accrochées aux murs qui sont probablement le fait d'un manchot venant de faire son premier trip à l'acide.
Haight Ashbury laisse relativement indifférent tant il pourrait être à Londres ou Berlin ou Barcelone avec ses smoke shops, ses teeshirts batcave made in China et ses bibelots hindous disgracieux. Quant à Amoeba, temple du vinyl, je parviens à m'en préserver par lassitude et sens soudain du réalisme, certainement un symptôme de la paternité.
Au Golden Gate, après avoir fui une espèce de festival hippie sans âme et passablement fermé, nous nous jetons sur l'herbe près du jardin de dahlias pour grignoter nos légumes pendant que le lapingou vole de rêve en rêve. La sieste qui aurait été utile et raisonnable ne vient pas alors nous repartons vers Haight où une petite halte par Kidrobot me permet d'acheter au lapingou son premier kubrick un lapin dunny noir designé par un français dont j'ai oublié le nom à moins que je ne l'ai jamais su. Peu après à la terrasse noyée dans la verdure d'un bar restaurant nous buvons des bières, moi des Sierra Nevada, pour souffler un peu et laisser envahir nos esprits par la conscience de notre chance d'être là, loin de tout, loin de nos vies, ensemble, un peu ivres de notre liberté, de notre bonheur, de notre toute simple harmonie.
Dans low Haight, nous nous arrêtons prendre un latte dans un café vaste et animé où l'on apprend que se prépare une soirée de "talents" où chacun vient déclamer poèmes, gratter sa guitare ou chanter ses compositions. La serveuse raffole du lapingou et une cliente bavarde nous raconte qu'elle revient d'un mariage à Santorin et d'autres choses que j'oublie dans la seconde qui suit. On nous prend en photos alors que le lapingou s'impatiente, se tortille, il est temps de rentrer : bain, biberon. Nous n'en sortirons plus pour ce soir.

vendredi 25 juillet 2008

ça doit être les burgers !

Arrivés à SF international airport nous faisons ce que tout le monde fait dans ce genre de circonstances : longue marche dans un couloir en portant le lapingou dont la poussette n'a pas été prise dans l'avion, passage interminable de la douane où le douanier se croit malin en me demandant si mon polo est couleur saumon ou rose (après 10 h d'avion je peux vous dire qu'on trouve ça hyper drôle !), récupération des bagages sauf que la poussette n'est pas là. Alors suite logique 1. on s'engueule 2. on reprend ses esprits mais on se fait encore la gueule 3. on se ressaisit et on demande à une employée d'Air France 4. celle-ci demande à une employée de l'aéroport 5. on retrouve notre poussette esseulée dans un coin de la salle des bagages avec les "overload" 6. on maudit Air France et le steward brésilienne et ça c'est hyper fédérateur donc on se réconcilie.

Ensuite on sort, on change quelques euros en dollars, on hèle un taxi, un taxi pourri nous embarque, on se tape quelques embouteillages, on s'est toujours presque pas reparlés, on arrive devant l'hôtel Inn San Francisco et là... ben quand même on est contents d'y être. C'est vraiment une très jolie demeure victorienne. L'accueil par le taulier "Martie" est très amical, enfin friendly quoi. Il me présente son chien Marshmellow pendant que le lapingou et sa maman vont dans la chambre se reposer.

Chouette chambre d'ailleurs, avec une baignoire à pattes de lion, un grand lit de grand-mère et des vieilles photos au mur. L'escalier pour y monter craque comme dans les vieux châteaux écossais. Cela sent bon.

Reste maintenant à lutter contre le jetlag... C'est vraiment traitre le jet lag parce qu'on est tellement crevés qu'on se dit qu'on va dormir là tout de suite et jusqu'au lendemain matin heure locale sans aucun problème. Mais c'est le jet lag lui-même qui vous joue ce tour car en fait on va se réveiller vers 1 heure du matin et on ne pourra plus s'endormir ce qui repousse le décalage au lendemain. J'explique cela à Gé qui évidemment ne veut rien entendre tant elle est fatiguée. J'insiste même si je me fais jeter et parviens à la convaincre. On se repose quand même un peu et puis vers 19 h on sort dans le quartier.

Là on tombe vraiment sous le charme de Mission, un quartier essentiellement latinos avec des petites maisons victoriennes et des murs peints. On nous a conseillé Valencia la rue des restos donc on s'y précipite et comme j'avais très envie de manger mon premier Burger on entre chez Burger Joint pour commander des burgers et des frites servies dans des paniers. Pas de bière alors on prend du Coca qui a un furieux goût de chlore. On commence à regarder les physiques des indigènes et à observer leurs habitudes, notre occupation favorite d'européens cyniques et arrogants. En particulier on s'amuse de voir une sorte de famille venue là au grand complet pour faire un diner de famille. J'imagine que l'aîné est venu présenter sa fiancée et que les bonnes blagues fusent, que le père à un moment tapote la table pour obtenir un peu de silence et faire une déclaration officielle.

Sur ce on sort après avoir englouti nos burgers très moyens. On marche dans Valencia où l'ambiance du vendredi soir est chaude en particulier devant et dedans un bar où des lectures sont faites par d'improbables poètes beats d'aujourd'hui.

Une passante me demande où se trouve un restaurant de Tacos comme si j'avais une trombine de chicanos. On en peut plus, on rentre à l'hôtel pour dormir mais en fait on ne va presque pas dormir et ce sera la première d'une série de nuits un peu hardcore à se réveiller pour aider le lapingou à se rendormir. Ah oui on se frite encore une dernière fois sur le fait de savoir s'il faut tout de suite lui faire prendre le rythme et ne pas le nourrir la nuit ou s'il faut le faire manger pour l'endormir quitte à ce qu'il croît encore que la nuit et le jour. Et puis je me fais aussi gronder parce que je n'ai pas acheté de transformateur électrique pour le chauffe-biberons.

Bref on s'endort pas très bons amis mais secrètement on est drôlement content d'être en vacances, en Californie, avec notre lapingou d'amour et aussi amoureux quand même...

If you're going to San Francisco, be sure to have your lapingoo with you


"Une folie !"
"Ah ben nous quand on l'a fait ça été encore trois mois pour qu'il refasse ses nuits avec le décalage horaire"
"Pouvez-pas rester en France comme tout le monde !"
"Eh ben vous avez du fric à dépenser vous!"

Voilà le genre de remarques plus ou moins avenantes auxquelles on avait eu droit quand on évoquait notre projet de partir en Californie avec le lapingou.

Mais fuck that ! on est parti et on ne le regrettera pas.

Bon ça commence assez simplement : lever aux aurores, valises, poussette, taxi, arrivée à Roissy terminal E, déjà une queue de 250 personnes à l'enregistrement, les fiches vertes et blanches à remplir, un système incompréhensible avec les machines d'express check in, les gens qui passent devant les autres, le personnel d'Air France un peu dépassé. La France et son organisation bananière. Ah vivement l'Amérique !

Le lapingou est sage comme tout. Remarquez pour lui c'est tranquille. Il bulle dans sa poussette en s'attrapant les pieds, il pousse un petit cri par ci par là, il se dit qu'il va peut-être bien piquer un petit somme, il pose son regard désabusé sur le monde qui l'entoure et sur ses contemporains et ne se préoccupe nullement de savoir si Air France a bien réservé un berceau, si on pourra mettre sa poussette dans l'avion, s'il reste assez d'Evian pour le voyage, s'il n'y a pas d'overload dans les bagages, etc.
On passe l'interminable douane en chaussettes. Géraldine en profite pour se friter avec le douanier au moment même où on avait plutôt besoin de se le mettre dans la poche (une chance elle n'a pas traité le chauffeur de taxi de voleur cette fois-ci !).
J'ai le temps de me connecter à une borne internet pour prendre l'adresse de l'hôtel où on va et qu'on a oublié de noter. ça se révèlera plutôt utile pour remplir leurs fichus documents d'immigration.
Le steward d'Air France est une espèce de folle brésilienne qui non content de choquer notre morale par son ambigüité sexuelle perd ma carte d'embarquement et refuse que l'on mettre la poussette à bord. Nous, comme on est bien élevés on dit rien mais on ne nous y reprendra pas. Je suis bon pour revenir le long du couloir avec un autre steward pour chercher la carte. Elle était tout simplement restée sur le comptoir de "la" brésilienne !
Allez hop on s'installe avec le lapingou qu'on attache à soi avec une ceinture double pour le décollage. On découvre nos voisins qui ont une petite fille. Ce détail est d'importance car elle va nous casser les couilles pendant presque tout le voyage alors que Léon, lui, et bien il sera toujours sage, na !
Ensuite on installe le berceau où le lapingou sera comme un coq en pâte et c'est parti pour 10 h 30 de vol pendant lesquels d'habitude on s'ennuie sévèrement mais là il y a le lapingou et il nous occupe bien. Je lui montre la terre vue du ciel. Il regarde ça avec son regard concerné. De toutes façons il ne s'en souviendra pas mais c'est quand même une chouette expérience que de faire découvrir les nuages cotonneux à son petit lapin émerveillé.