Les matinées san franciscaines avaient cette vertu de redonner espoir grâce à quelques rayons de soleil, un café américain réconfortant, des pâtisseries roboratives et l'atmosphère cosy du grand salon de l'Inn où seuls les cris d'enthousiasme des femmes de chambre chicanos pour Léon troublaient le silence velouté des pas sur les vieux tapis victoriens.
Nous étions résolus à partir vers le grand Sud et ses promesses climatiques plus estivales. La voiture n'étant prête qu'à 17 heures nous avions quelques heures à passer encore à SF. Dans le taxi qui m'emmenait vers le downtown où j'espérais trouver un véhicule, le chauffeur me raconte que son beau-frère a fait des boeufs avec Carlos Santana dans un garage près de Van Ness. Je lui demande si son beauf a fait une carrière dans la musique comme le célèbre guitariste. "He plays now with the angels" me fait-il comprendre.
Après quelques emplètes dans une petite boutique stylée 50's de mode féminine, c'est vers Mission park que nous allons chercher un peu d'atmosphère bohème dans un café à l'angle de Mission dolores en face du célèbre glacier. Une soupe du jour et des sortes de sandwiches chaud nous comblent alors que la serveuse produit sans fin des cocktails de fruits. Une abondance toute américaine !
Plus tard sur la pelouse chauffée par le soleil de Mission park nous observons les jeunes yankees, une telle avec sa généreuse poitrine presque à l'air et ses bas outrageusement déchirés, un tel en jean slim tout droit sorti d'un Gus Van Sant, on boit du champagne presque au goulot, on se tripote, on écoute les Clash au ghetto blaster.
Les chiens pullulent en ces lieux de faible natalité pour cause de vies dissolues et d'orientations sexuelles interlopes. Quelques pitbulls se battent et semblent disposés à attraper au passage un petit roquet qui batifole ou un bébé. Mais Léon est bien protégé par sa maman vigilante...
Nous quittons sans regret SF dans notre gros 4x4 dont la conduite pépère endort Léon après quelques miles. Le Camino Real est avouons le particulièrement monotone, traversant des zones commerciales, des alignements de maisons, de motels, de parkings et de Safeways. L'amérique a aussi ses embarras de sortie de bureau. Nous n'irons pas à San José, nous ne trouverons pas la route de côte.
Ce soir nous serons à Santa Cruz, terrifiante station balnéaire au front de mer accaparé par le Boardwalk, gigantesque fête foraine, amas de manèges, stands bruyants, cafeterias graisseuses, salles de jeux cataclysmiques bercées par des rythmes de gabba techno pour abrutir la jeunesse blanche désoeuvrée en vacances.
La maison du gouverneur est une belle "mansion" victorienne tenue par un couple hélvèto-colombien mais la nuit de Léon donc la nôtre sera perturbée, un peu froide, et troublée par le brouhaha lointain et les hurlements des jeunes du Boardwalk.
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