"Une folie !"
"Ah ben nous quand on l'a fait ça été encore trois mois pour qu'il refasse ses nuits avec le décalage horaire"
"Pouvez-pas rester en France comme tout le monde !"
"Eh ben vous avez du fric à dépenser vous!"
Voilà le genre de remarques plus ou moins avenantes auxquelles on avait eu droit quand on évoquait notre projet de partir en Californie avec le lapingou.
Mais fuck that ! on est parti et on ne le regrettera pas.
Bon ça commence assez simplement : lever aux aurores, valises, poussette, taxi, arrivée à Roissy terminal E, déjà une queue de 250 personnes à l'enregistrement, les fiches vertes et blanches à remplir, un système incompréhensible avec les machines d'express check in, les gens qui passent devant les autres, le personnel d'Air France un peu dépassé. La France et son organisation bananière. Ah vivement l'Amérique !
Le lapingou est sage comme tout. Remarquez pour lui c'est tranquille. Il bulle dans sa poussette en s'attrapant les pieds, il pousse un petit cri par ci par là, il se dit qu'il va peut-être bien piquer un petit somme, il pose son regard désabusé sur le monde qui l'entoure et sur ses contemporains et ne se préoccupe nullement de savoir si Air France a bien réservé un berceau, si on pourra mettre sa poussette dans l'avion, s'il reste assez d'Evian pour le voyage, s'il n'y a pas d'overload dans les bagages, etc.
On passe l'interminable douane en chaussettes. Géraldine en profite pour se friter avec le douanier au moment même où on avait plutôt besoin de se le mettre dans la poche (une chance elle n'a pas traité le chauffeur de taxi de voleur cette fois-ci !).
J'ai le temps de me connecter à une borne internet pour prendre l'adresse de l'hôtel où on va et qu'on a oublié de noter. ça se révèlera plutôt utile pour remplir leurs fichus documents d'immigration.
Le steward d'Air France est une espèce de folle brésilienne qui non content de choquer notre morale par son ambigüité sexuelle perd ma carte d'embarquement et refuse que l'on mettre la poussette à bord. Nous, comme on est bien élevés on dit rien mais on ne nous y reprendra pas. Je suis bon pour revenir le long du couloir avec un autre steward pour chercher la carte. Elle était tout simplement restée sur le comptoir de "la" brésilienne !
Allez hop on s'installe avec le lapingou qu'on attache à soi avec une ceinture double pour le décollage. On découvre nos voisins qui ont une petite fille. Ce détail est d'importance car elle va nous casser les couilles pendant presque tout le voyage alors que Léon, lui, et bien il sera toujours sage, na !
Ensuite on installe le berceau où le lapingou sera comme un coq en pâte et c'est parti pour 10 h 30 de vol pendant lesquels d'habitude on s'ennuie sévèrement mais là il y a le lapingou et il nous occupe bien. Je lui montre la terre vue du ciel. Il regarde ça avec son regard concerné. De toutes façons il ne s'en souviendra pas mais c'est quand même une chouette expérience que de faire découvrir les nuages cotonneux à son petit lapin émerveillé.
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