Le lapingou s'endormait dans son siège baquet où il semblait avoir les pieds presque au dessus de la tête. En un clin d'oeil le gazouillis cessait laissant place à une respiration régulière ou à un léger ronflement. Je jetais régulièrement un oeil attendri dans le rétroviseur intérieur.
Après Santa Cruz ville universitaire aux milles librairies dont nous ne verrons rien la côte déroule de beaux points de vue malgré l'omniprésence d'une brume marine paraît-il indétrônable l'été.
A Monterey nous évitons l'aquarium réputé mais trop touristique pour un déjeuner dans le restaurant sort of trendy de l'hôtel Intercontinental où la cuisinière lesbienne nous semble parfaitement correspondre à la pesanteur exacerbée des plats. L'apothéose viendra avec le dessert glacé recouvert de coulis sucrés à haute dose.
Une cliente me prête des jumelles pour observer un trois-mâts fin comme un oiseau. Il nous semble que nous déjeunons dans le réfectoire d'une maison de retraite pour riches seniors amerloques. Le lapingou est d'une sagesse d'ange.
Après le déjeuner nous empruntons 17 mile drive le long des golfs pas très clairs et des villas deluxe en carton pâte. C'est beau oui comme bowie mais pas sa période glam rock invertie où il roulait des pelles à Lou, non plutôt en tuxedo Mugler sage pour recevoir la médaille de chevalier des arts et des lettres...
A Carmel on atterrira à la Coachman's Inn avec l'âtre factice, un oversized king's bed et une cafetière pour se réchauffer. Le lapingou est toujours aussi sage et porte son regard désabusé sur le monde. Le soir on dine d'une réconfortante soupe aux vermicelles dans un restau lambda de cette ville 100% touristos avec magasins de T shirts, restaurants italiens et boutiques de verroteries pour cars de retraités. Le vent glacial de la mer aura raison de notre enthousiasme mais on s'en fiche on s'aime.
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